Co-émergence et Bien commun @ Coworking Muse

Sans titre“La prévision est difficile,particulièrement au sujet du futur”. Niels Bohr

Le processus de co-émergence se trouve au cœur de toutes les démarches de la fondation Muse. Il est difficile à décrire car c’est un processus en perpétuelle évolution, une expérience permanente, une co-construction avec les personnes impliquées et la communauté. Pendant certains moments forts, ce phénomène est vécu de façon plus intense et consciente.

La co-émergence au sein des espaces Muse

Le lancement des deux espaces de coworking à Genève et Lausanne est passé par une première période de 6 mois pendant lesquels les espaces étaient vides, sans meuble. Petit à petit sont arrivés les coworkers et les meubles. Ces deux espaces se sont co-construit avec leurs communautés respective, se modifiant sans cesse, sans vouloir affirmer d’identité a priori si ce n’est sa fonction première d’observatoire de la classe créative et des conditions cadres atypiques aux avant-postes de l’économie. L’objectif était de laisser l’ADN des lieux s’exprimer au fur et à mesure des étapes, de laisser les lieux s’affecter en fonction des besoins exprimés et non d’une affectation préalable.  Pour Reginald Maitre, co-fondateur de la Fondation et serial entrepreneur habitué à penser à l’avance à toutes les éventualités, oser même imaginer des espaces délibérément vides était en soi très étonnant.

Pour l’organisation de la fin de bail de Muse Lausanne, même processus. Une page blanche pendant 6 mois, plus de 40 réunions pour faire émerger une nouvelle réalité. Tous les scénarios concevables par les équipes ont été imaginés, sans limite ni contrainte, certaines hypothèses ont été vues et revues, reprises, rediscutées sous de nouveaux éclairages. Certaines réunions ont été publiques permettant à des gens externes de contribuer, comme par exemple Peter Koenig avec la notion de personne source. Il y a aussi eu l’étonnement de voir laisser des personnes totalement externes sollicitées à s’exprimer lors de ce processus vécu par certain comme intime voire secret. Et ceci dans la bienveillance, le non jugement, la non comparaison pour ne rien figer et permettre l’émergence du neuf.

Complexité et itération

Lors du First de ce mardi 27 février avec le professeur Yves Pigneur sur le design de la Proposition de Valeur, les participants ont été frappés par la description de ce processus d’itération bien connu des architectes. L’observation pendant deux ans de la façon de procéder du célèbre architecte Franck Gehry par deux professeurs de l’école qu’il était en train de construire est emblématique. A un certain moment, ces deux professeurs se sont impatientés voire presque énervés. Ils n’arrivaient pas à comprendre le nombre de maquettes différentes, d’aller retour, la volonté de garder le processus ouvert, de pouvoir se contredire d’un jour à l’autre, de ne rien figer en noir ou blanc, de s’intéresser aux marges et aux nuances infinies du gris avant d’arriver au projet final.

 Conduire des projets en restant ouvert, en gardant les projets “liquides” au maximum pour permettre leur transformation continue est peut-être aujourd’hui une exception. La Fondation, en se positionnant dans la co-emergence, le coworking n’étant qu’un des moyens de la vivre, fait le pari de l’émergence de ces modèles. La compréhension des conditions de la co-émergence devient clé dans un environnement en perpétuel changement dans le but d’accompagner les porteurs de projet, les organisations privées et publiques à apprivoiser de tels processus dans le contexte de mutation en cours.

Vers la création d’un bien commun : une première !

Le prochain défi pour la Fondation est de documenter un « Bien Commun », à partir des laboratoires Muse et en co-création avec les autres espaces de coworking qui ne cessent de se créer, partageable au niveau de la région. C’est une grande première. La 1ère étape est le lancement d’un wiki interactif pour documenter le tout, grâce à une collaboration avec la fondation Cintcom créée par des spécialistes des logiciels libres. Sa mission est d’encourager l’innovation, le partage de connaissances, la mutualisation de ressources et la création collective de biens communs pour favoriser la résolution de problèmes de société.

Geneviève Morand, février 2015